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PATRICE POTVIN Il imaginait déjà le projet. Douze pas avant le vide, c’est une marche vers l’inconnu, se disait-il; c’est ce qui nous guette avec les organismes génétiquement modifiés dont on ignore encore les effets à long terme. Sans croquis ou dessin préliminaire – comme c’est son habitude – il visualisait la sculpture dans tous ses détails, sans avoir taillé la moindre pièce de verre. Il en avait même choisi le titre : OGM, objet de grand malheur… L’œuvre de Patrice Potvin se présente de manière complexe malgré sa coloration pâle et laiteuse ainsi que son traitement plutôt sobre. D’apparence froide, un cube de verre translucide, aux membranes légèrement texturées, évoque une cellule modifiée. Sur chacune de ses faces, se trouvent des ouvertures irrégulières qui contrastent avec la rigidité apparente du cube et dans lesquelles s’insèrent deux formes organiques de couleur bleue réunies par une sorte de cordon ombilical rubis. En déséquilibre sur quatre spirales hélicoïdales représentant des hélices d’A.D.N., lesquelles reposent sur un socle qui ressemble à une flaque d’eau, l’objet suggère la précarité de la vie, cette vie fragile comme du verre. La vie, voilà la thématique de prédilection du créateur de Sainte-Béatrix qui parle de la matière avec laquelle il travaille comme s’il s’agissait d’une substance animée. « Le verre est vivant, insiste-t-il. C’est un matériau qui se modifie et évolue en fonction de la lumière environnante. Par conséquent, il semble animé d’une existence autonome. C’est d’ailleurs pour cette raison que je m’adonne souvent à la réalisation de chandeliers et que j’affectionne la fusion et le thermoformage, techniques permettant notamment de conférer au verre une apparence visqueuse, vivante, qui multiplie et projette les rayons lumineux selon une infinité de façons. » L’intérêt de Patrice Potvin pour la vie transpire de toutes ses compositions dont plusieurs épousent la forme de végétaux, d’insectes, voire de curieux microbes. Il faut observer de près les objets étranges, difformes, drolatiques qu’il imagine et qui semblent pouvoir se déplacer par eux-mêmes. Souvent, ses pièces comportent divers matériaux en plus du verre. « En complémentarité du verre, je travaille beaucoup le métal, en particulier le cuivre que j’apprécie énormément, sans doute parce que mon père était ferblantier et qu’il s’adonnait, avec ma mère, à la réalisation d’émaux sur cuivre. C’est d’eux que je tiens d’ailleurs ma passion pour la chaleur du four et la fusion. » Partenaire
avec John A. Cosgrove de l’entreprise le Chalet Studio du verre,
lieu de formation, de production et d’expérimentation consacré
à l’art du verre, Patrice Potvin demeure un artisan engagé
et sociable qui estime la nature des liens qui unissent l’objet
de création à celui qui le réalise, le possède
ou en fait usage. « J’aime créer des ambiances, confie-t-il;
que les gens soient en relation intime avec les choses que je fabrique.
En d’autres termes, j’apprécie que l’on vibre
devant mes pièces autant que moi lorsque je les réalise.
Bref, j’estime avoir atteint mon but quand on qualifie mes créations
de vivantes. » |
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Organisme de Grand
Malheur, 2002, 40x46x46 cm, |
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Pierre Hamelin et Maryse Harvey Patrice Potvin |
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