PIERRE HAMELIN et MARYSE HARVEY

Voilà maintenant près de 18 ans que Pierre Hamelin et Maryse Harvey marient leurs talents respectifs. Se défiant de tout amour-propre, ils fusionnent intimement leurs efforts afin de réaliser des bijoux collectifs où la minutie de l’un et l’imaginaire de l’autre s’amalgament sans distinction. Il en va de même pour la facture de leurs pièces, lesquelles empruntent divers styles qui s’enchaînent et se combinent sans aucune hiérarchie apparente. Seule la volonté du travail bien fait et le désir de séduire dictent leur pratique.

Douze pierres et autant de couleurs festonnent le pendentif que le couple a assemblé pour la biennale. De forme stellaire, leur médaillon d’or et de gemmes facettées aspire la lumière qui s’engouffre en son centre dans un mouvement spiralé comme une nébuleuse tourbillonnant autour d’un trou noir. Douze pas avant le vide, douze brillants, douze feux qui, posés sur le cœur, laissent encore jaillir quelques étincelles avant, dirait-on, de s’abandonner aux ténèbres.

Privilégiant les matériaux nobles, Hamelin et Harvey cherchent à créer des œuvres immortelles qui, de génération en génération, sauront transmettre la pérennité de l’âme. « Nous préconisons l’utilisation d’or, d’argent et de pierres précieuses, explique Pierre Hamelin; le diamant, le rubis, l’émeraude et, surtout, le saphir constituent nos gemmes de prédilection. De la sorte, nous désirons réaliser des œuvres qui laisseront une trace et dont l’existence se prolongera au-delà d’une vie humaine. Orientant notre démarche à l’opposé de la bijouterie de masse, nous nous inscrivons plutôt dans une approche classique de la joaillerie. » Favorisant la tradition, le couple Hamelin et Harvey n’hésitent pas à puiser leur inspiration dans des styles qui ont marqué l’histoire de la joaillerie. À cet égard, l’Art nouveau et, plus particulièrement, l’Art déco trouvent en eux de fidèles ambassadeurs. Ils voguent donc sans ambages de la figuration à l’abstraction et il n’est pas rare de trouver dans leur production des têtes de femmes aux abondantes chevelures ou des danseurs cabriolant aux côtés de compositions essentiellement géométriques où se combinent cercles, carrés, triangles et prismes réguliers.

En outre, les techniques qu’ils utilisent sont généralement empruntées aux procédés de fabrication de tradition européenne, notamment en ce qui concerne les assemblages et les chaînes dont on garantit la solidité. D’ailleurs, ils accordent un soin particulier à la réalisation de ces dernières, lesquelles présentent de multiples configurations qui rivalisent avec la variété des éléments qu’elles soutiennent. Afin d’ajouter une touche locale à leur art, le duo est aussi à élaborer une série de bijoux comportant des pierres fines du Québec, telles que la gaspésite et l’amazonite du lac St-Jean. Par la même occasion, les joailliers envisagent de conférer un caractère un peu plus massif à leurs créations qui, d’ordinaire, demeurent plutôt délicates. « Mais, au-delà de toute considération, résume Pierre Hamelin, il nous importe que les gens apprécient ce que nous faisons. Nous ne cherchons pas à imposer un style quelconque ou renouveler la discipline, mais bien de trouver le juste compromis entre le passé et le présent afin de plaire au plus grand nombre possible. C’est sans doute ce qui explique le succès de nos bijoux qui trouvent presque toujours preneurs… »

         Douze pas avant le vide, 2002, chaîne en or et pendentif en or
incrusté de douze pierres précieuses et semi-précieuses

 

Philippe Bettinger

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