JACINTHE DUVAL

Les poissons filent sous l’onde, saluant au passage la céramiste qui, à l’ombre des vertes frondaisons, pétrit la glaise en silence pour mieux entendre les arpèges liquides de la grive. Jacinthe Duval habite un atelier en forêt, aux abords de la rivière l’Achigan à Saint-Calixte. C’est là qu’elle façonne l’argile, empreinte des chants et parfums de la terre, animée d’un besoin cent fois millénaire.

« Créer!… Une passion qui me tient au cœur et au corps dans la douleur et le plaisir, souligne-t-elle. Façonner, pétrir, peindre, graver, cuire, nettoyer, polir, autant de gestes, autant de joies, autant de peines. Grandir à chaque geste dans la vie vers la finalité, c’est le fondement de ma recherche. » Conçue pour Excel’Art IV, la sculpture de grès imaginée par Jacinthe Duval n’illustre-t-elle pas cette ascension de l’âme humaine qui, de la naissance à la mort, aura laissé entre les alluvions du temps quelques traces fugitives?

Elle installe le décor et raconte une histoire. Gravissant une rampe qui s’entortille autour d’une colonne dont le fût scarifié rappelle une souche, douze personnages défilent comme autant de moments d’une seule et même existence. Parvenu au sommet, l’être déploie ses ailes et… plonge dans le vide. « Le thème proposé a suscité chez moi une réflexion sur la mort qui m’a conduit à imaginer notre ultime destin non pas comme une fin, mais plutôt comme un nouveau départ, telle une envolée vers l’ailleurs. En d’autres termes, si une saison devait être évoquée en regard de cette œuvre et de son sujet, il s’agirait assurément du printemps et du renouveau qu’il fonde. D’ailleurs, la pièce a été réalisée au mois d’avril et on y retrouve les couleurs terreuses du sous-bois à cette époque de l’année. »

La céramiste puise essentiellement son inspiration dans la nature, une nature qu’elle arpente quotidiennement. En outre, elle demeure particulièrement sensible à l’univers animalier auquel elle associe le monde de l’enfance. « Laisser exprimer l’enfant en moi constitue une préoccupation constante dans mon travail; je cherche toujours à faire ressortir la dimension ludique propre à la jeunesse, de manifester ce plaisir du contact direct avec la matière. »

Les liens que Jacinthe Duval tisse entre l’enfance et son métier fait écho au caractère primitif des premiers gestes créateurs dont les plus anciennes traces montrent des animaux et des femmes gravides. Pas étonnant que l’on décèle aux côtés de son amusant bestiaire nombre de silhouettes féminines qui rappellent les vénus replètes du paléolithique. Souvent recouvertes de pictogrammes, les formes organiques qu’elle se plaît à tirer du limon de la terre ne retracent-elles pas aussi les origines d’un langage propre à témoigner d’une volonté et d’une conscience d’être? En somme, un art qui cherche apparemment à remonter aux sources de la création.

         Les petits sur le sentier du grand, 2002, 22x29x52cm,
faïence et oxyde pigment

 

Philippe Bettinger

John A. Cosgrove

Jacinthe Duval

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Patrice Potvin

Ivan Vranjes