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IVAN VRANJES Il s’agit d’un objet simple : une valise rectangulaire en bois d’acajou. Dans le coin supérieur droit, un motif vient cependant rompre l’aspect uniforme et poli de l’objet. Gravé dans le bois dur, un loup aboie. Après avoir laissé derrière-lui douze empreintes, il fait résonner dans le vide apparent de la nuit son hurlement plaintif. Voilà, pour Ivan Vranjes, Douze pas avant le vide. Il dépose la valise sur la table et l’ouvre aussitôt, nous permettant ainsi de mieux apprécier le dessin de l’animal. Fluides, les ciselures qui composent le corps du loup contrastent avec la conformation rigide de la mallette; on se doute que l’ébéniste prend plaisir à manier le paradoxe… Aussi bien dresseur de chien qu’artisan du bois, le créateur de Sainte-Mélanie aura tôt fait de dévoiler l’essentiel d’une démarche qui trouve ses racines dans la tradition du meuble ancien québécois et perpétue cette particularité expressive de nos vieux artisans, lesquels se plurent à interpréter librement, et avec une charmante naïveté, les modèles fournis par nos deux mères patrie. « L’art populaire constitue l’une de mes principales sources d’inspiration, explique Vranjes. Nos menuisiers d’autrefois se plaisaient entre autres à sculpter leurs meubles de bas-reliefs selon un programme décoratif souple, à la fois simple et fantaisiste, qui avait pour effet de rendre plus attrayant, vivant et moins austère des objets dont les structures générales pouvaient paraître autrement plus rigides. Or, je fais de même, notamment par le biais de la technique du chip carving ou de la dentelle sur bois où l’outil usuel de l’ébéniste est remplacé par un instrument qui ressemble davantage à un scalpel qu’à un ciseau à bois traditionnel. Incidemment, cette méthode a comme particularité de forcer le sculpteur à travailler en négatif, c’est-à-dire en creusant les éléments du dessin qui sont d’ordinaire en saillie.» La pratique du bas-relief trahit l’intérêt d’Ivan Vranjes pour la sculpture, discipline qu’il affectionne depuis l’enfance et qu’il a su parfaire grâce à divers stages menés au Québec et en Italie. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison qu’il se qualifie lui-même de sculpteur-ébéniste. Préoccupé par les textures et le traitement des surfaces, l’artisan accorde un soin très particulier aux motifs qu’il cisèle, cherchant toujours à conférer du mouvement aux reliefs qui participent de multiples orientations décoratives dont plusieurs sont ouvertement de facture naïve. Puisant entre
autres dans le vaste répertoire qu’offre le célèbre
ouvrage de référence de Jean Palardy, soit Les meubles
anciens du Canada français, le sculpteur-ébéniste
voit à adapter les modèles ancestraux aux usages actuels
en s’assurant toutefois que la tradition, autant à l’égard
du style que de la qualité du travail fait main, sera toujours
respectée. C’est ainsi qu’Ivan Vranjes entend conserver
notre héritage.
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| Le Grand loup, 2002, acajou, 48x36x13 cm |
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| Philippe
Bettinger
Pierre Hamelin et Maryse Harvey Ivan Vranjes |
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