PHILIPPE BETTINGER

 

« Dans chacune des œuvres que je réalise, il y a toujours une part de moi. » Se dressant à hauteur d’homme au milieu de la salle avec ses miroirs, ses pièces de verre et ses résilles géométriques, le curieux obélisque tronqué de Philippe Bettinger fait en quelque sorte figure d’autoportrait et rend compte d’une démarche créative qui trouve ses origines au sein du patrimoine familial. « L’amour et la pratique du vitrail se transmettent de génération en génération dans ma famille de deux façons. La première par la pratique de la restauration de vitraux et la seconde en développant notre manière propre de voir les possibilités du vitrail dans l’espace. Ma famille a développé une manière de concevoir le vitrail et c’est maintenant à moi de présenter cette idée.»

Les liens qu’entretient Philippe Bettinger avec son histoire familiale éclairent donc ses intentions esthétiques. De la même manière, le phare qu’il a imaginé pour la biennale Excel’Art IV jette une lumière sur sa conception du vitrail. Incidemment, l’île de St-Ignace-de-Loyola où la famille Bettinger a érigé l’atelier ancestral est bordée de plusieurs phares qui, depuis des générations, guident les navires qui empruntent la voie maritime tracée par le Majestueux. Éclairée de l’intérieur, la sculpture lumineuse du verrier dévoile toute la subtilité de ses composantes translucides, en particulier les éléments de grisaille où se dessinent d’antiques éléments, telles des feuilles d’acanthe et de juteuses grenades. Contrastant avec l’aspect moderne des motifs géométriques et la rigueur de l’armature métallique délimitant la composition, ces pièces de verre semblent investir l’œuvre de réminiscences.

Philippe Bettinger se plaît à conjuguer le passé et le présent. « Une des principales caractéristiques de ma pratique est que je me situe à la jonction de deux conceptions du vitrail : celle de l’Europe, plus traditionnelle, et celle de l’Amérique, plus libre. » Tirant profit de la technique millénaire du vitrail, il n’hésite donc pas à exploiter la citation – procédé typique à l’art d’aujourd’hui – et à intégrer à une imagerie résolument actuelle une iconographie puisée dans le passé, notamment en utilisant d’anciennes bordures ornementales et de vieux motifs de remplissage en tant qu’éléments centraux de ses compositions. C’est ainsi que, dans ses œuvres, nous voyons graviter des photos, dessins, textes et éléments topographiques autour de pièces de réemplois récupérés ici et là par le verrier lors de ses nombreux travaux de restauration.

Par ailleurs, c’est en conférant un caractère sculptural à ses compositions que l’artisan parvient à insuffler à la tradition du vitrail, art essentiellement bidimensionnel, une nouvelle vie où l’espace participe intimement au fonctionnement de l’œuvre. Partant, tous ses projets sont conçus en fonction de l’environnement et tiennent compte du spectateur qui se voit en quelque sorte intégré à l’œuvre. Stimulé par les défis, Philippe Bettinger trouve enfin de belles sources de motivation dans son désir d’occuper l’espace et, aussi, dans les multiples contraintes liées à la nature de son matériau de prédiction. « J’apprécie devoir trouver des solutions aux problèmes que je rencontre dans ma pratique, souligne-t-il, cela fait d’ailleurs partie intégrante de mon travail de restaurateur. » Voilà une attitude qui en dit long sur un artisan du verre qui, à l’instar de ses aïeuls, cherche à faire évoluer son métier selon une approche toujours plus originale.

 

         Arc en ciel tourbillonnant, 2002, vitrail lumineux

 

 

Philippe Bettinger

John A. Cosgrove

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Ivan Vranjes