|
Mascherero
AUBIN, Jean-Charles
622, rue Saint-François, C. P. 331
Saint-Donat (Québec)
J0T 2C0
Téléphone : 819 424-2043.
Courriel : jca9bin@hotmail.com |
 |
|
L'origine du masque se perd dans la nuit des
temps. Objet de fascination ou d'aversion, cette pièce unique
en son genre est un des rares objets d’art que l’on
pourrait qualifier de vivant dans la mesure où il se revêt.
Employé en bien des occasions dans l’histoire (carême,
fête des morts, nouvel an), il fut le plus souvent utilisé
lors des carnavals.
Bien que les mascarades se veuillent plus ludiques
que politiques aujourd’hui, le goût d’immortaliser
des faciès archétypaux ou totalement fantasmagoriques
se perpétue. La maîtrise des Maschereri vénitiens
du 17e siècle pour réaliser des masques ou des loups,
qui semblait avoir disparu durant plus de deux siècles, retrouve,
par l’entremise de fins connaisseurs du cuir comme Jean-Charles
Aubin, une nouvelle vie. Chausseur spécialisé dans
la fabrication de sandales durant près de cinquante années,
cet homme dont les connaissances en matière de cuir ne sont
plus à prouver, s’adonne à présent à
ce métier jusqu’alors presque oublié.
Utilisant des peaux de vachette et de boeuf,
ce Mascherero des temps modernes opte pour un type de tannage ancien,
le tannage végétal lent. Cette technique, laissée
pour compte par bien des professionnels, du fait des coûts
et du temps qu’elle implique, permet l’obtention de
cuirs de haute qualité, à la fine fleur, au grain
serré et lustré avec une chair uniforme. Ces peaux
ont acquis la souplesse nécessaire au travail de modelage
auquel Jean-Charles Aubin va s’adonner pour réaliser
ses masques.
Les cuirs sont découpés avec
des outils de cordonnier selon les formes requises par les patrons
puis gainés humides et préalablement teintes, sur
des têtes de polystyrène renforcées ou des marottes
utilisées à l’intérieur des cours de
coiffure. À ce stade, Jean-Charles Aubin sculpte ses masques,
avec ses mains, par un travail de plis, de découpes, puis
fige sa composition par un séchage. Après le moulage
de la base du masque et des différents éléments
de décoration, le tout doit être assemblé en
le collant et ensuite est cousu à la main. Vient après
ces opérations le maquillage avec de la teinture à
cuir à base d’alcool. Les ombres sont accentuées
pour renforcer l’expression du masque. Les cordons d’attache
sont cousus avant de poser la doublure.
L’intérieur des masques est en
phase finale paré d’une fine doublure de cuir naturel.
L’extérieur fait l’objet d’un traitement
protecteur donnant un fini brillant et lisse.
Jouant avec les volumes et les teintes vives,
il réalise des masques et des loups qui possèdent
un style inspiré d’un bestiaire réel ou imaginaire
évoquant des figures tantôt mythiques, tantôt
futuristes. Ses dernières créations qui incorporent
des plumes de paon, de la peau de pattes de caribou, d’anguille
ou de morue, renouent avec les traditions des mascarades sacrées
des autochtones. Avec les chutes de cuir mince, cet artisan fabrique
de petits masques décoratifs.
À travers ses masques (disponibles à
l’atelier et au Weekend des couleurs à Saint-Donat)
Jean-Charles Aubin nous propose un monde chimérique où
les expressions humaines et animalières figées de
ses mains se laissent interpréter.
(rédigé par Tiphaine Ricordel)
____________________________
Mascherero
The mask’s remote origins are lost in
the mists of time. Inspiring now aversion, now fascination, this
unique wearable art object distinguishes itself from other craftworks :
indeed, one could state that the mask is vivant (« alive »).
Over the course of history, masks were worn for a diversity of events
(Lent, All Souls’ Day, New Year’s Day) and they have
been more often than not associated with carnivals.
According to tradition, masquerades were meant
to be political: today, we rather find them in the vein of entertainment.
However, the desire for immortalizing either archetypal or phantasmagorical
features still carries on. 17th century Venetian maschereri created
masks and dominoes; their mastery seems to have disappeared for
more than 200 years. It is now given a new lease of life, thanks
to fine connoisseurs’ contribution like Aubin’s. When
it comes to leathers, his expertise is no longer in question; for
nearly 50 years, he worked as a shoemaker specializing in sandal
making. Today, Aubin dedicates himself to the almost forgotten art
of mask making.
Our modern times mascherero has chosen slow
vegetable tanning for treating cattle hides: an ancient technique,
now disregarded by many professionals for it involves costs and
time. Providing skins with the proper suppleness for Aubin to model
his masks, this tanning process produces high quality fine-grain
leathers with a tight, regular and lustrous grain.
The artist utilizes shoemaking tools to cut
the skins to shape according to designed patterns. Dyed and soaked
leather pieces are then moulded onto reinforced polystyrene headshaped
forms or mannequin heads used in hairdressing training. At this
point of the process, Aubin would handsculpt his mask, working in
folds and cuts, and dry it to finally set his composition.
The mask’s base needs to be moulded,
as well as its different embellishing parts. First glued, then handstitched,
these decorative elements are assembled onto the mask now ready
to be “made up” with alcohol-based leather dyes. For
emphasizing on the expression, shadows need to be accentuated. Next,
the mask receives a protective coating, giving its exterior side
a smooth and glossy finish. To complete the process, ties are first
sewn in before applying a thin lining of natural leather inside
the mask.
Aubin finds his inspiration in bestiaries,
whether tangible or imaginary. Working with both volumes and bright
colours, he produces masks and dominoes that recall now mythical,
now futuristic characters. Reviving the traditions of natives’
sacred masquerades, his latest creations include peacock feathers
and caribou leg, eel or cod skin. In addition, Aubin uses thin leather
off-cuts for designing small-scale decorative masks.
Jean-Charles Aubin proposes a chimerical universe
where human or animal expressions set in his handmade masks* are
left to us for interpretation. *Available at his studio or during
Weekend des couleurs at Saint-Donat.
(translated by Valérie Gill)
|